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Tribune Le Monde - "La société et la science doivent se retrouver en confiance l’une avec l’autre"

J'ai co-signé cette tribune paru dans Le Monde du 25 décembre 2022. Admiratif devant les rapports du GIEC, il me parait primordial de "décider" avec l'expertise des scientifiques et des chercheurs.

Alors qu’un rapport parlementaire s’alarme sur l’état de la culture scientifique en France et le bilan mitigé des politiques menées, un collectif de scientifiques et de parlementaires estime, dans une tribune au « Monde », qu’il est urgent que le politique donne à la culture scientifique les moyens d’irriguer l’ensemble de la société.

De nombreuses voix s’élèvent en faveur d’un dialogue renforcé entre science et société. La crise sanitaire liée au Covid-19 apparaît à cet égard comme une occasion manquée. Les crises écologiques, énergétiques, sanitaires, économiques et même démocratiques ne pourront être dépassées sans la science. Au pays des Lumières, des savants et des inventeurs, nous appelons de nos vœux à une réelle prise de conscience collective en faveur d’une politique nationale ambitieuse de la culture scientifique ! 

Le politique doit prendre ses responsabilités. Un rapport parlementaire du 11 octobre 2022 s’alarme de l’état de la culture scientifique en France et dresse un bilan mitigé des politiques menées en sa faveur. Forte pourtant de nombreux acteurs des plus volontaires et présents sur tout le territoire, la culture scientifique reste à trop d’égards un parent pauvre. Elle pâtit d’un problème systémique de considération, de gestion, de pilotage et de moyens.

Une organisation nationale rénovée, dotée de nouveaux moyens coordonnant tous les acteurs institutionnels, associatifs, publics, privés, permettra de répondre à la triple crise qui nous frappe : écologique, sanitaire et démocratique. Oui, la culture scientifique est une des solutions pacifiques pour l’avenir de notre humanité et de notre planète !

Changer de paradigme et de représentation est décisif

Le concept One Health, qui considère les santés humaine, animale, et l’état écologique comme un continuum enjoint à embarquer toute la société. L’ouverture à la curiosité, aux savoirs, à la conscience du monde qui nous entoure et à la citoyenneté nécessite une mise en action transversale, intersectorielle et transdisciplinaire. Impulser une synergie et coordonner tous les acteurs impliqués permettra d’assurer des interventions régulières au primaire jusqu’à l’enseignement supérieur et professionnel, en intégrant le périscolaire et l’ensemble de la population.

La culture scientifique s’adressera également aux grands corps d’Etat, aux corps intermédiaires, aux responsables politiques, aux dirigeants et aux journalistes. Bien plus qu’une question de justice sociale et de bien commun, la redistribution des connaissances et l’égalité d’accès aux sciences en général s’inscrivent dans le respect de nos droits fondamentaux.

Changer de paradigme et de représentation est décisif : la société et la science doivent se retrouver en confiance l’une avec l’autre. Encourageons les sciences fondamentales et appliquées mais aussi les sciences humaines et sociales à se rencontrer. Transmettons l’esprit des sciences, leurs méthodologies, leurs temporalités et le doute intrinsèque à la recherche. 

Les principes de responsabilité et de solidarité

Légitimons les chercheurs, les médiateurs scientifiques, leurs pratiques et leurs méthodes. Eveiller une nouvelle économie de la connaissance donnera à tous la possibilité de s’ouvrir au monde et d’y trouver sa place. Au-delà et comme les zoonoses le démontrent, la culture scientifique incarne les principes de responsabilité et de solidarité pour notre espèce et avec toutes les espèces vivantes dans une biodiversité menacée. 

Renforcer les partenariats publics-privés tout en maintenant l’indépendance scientifique favorisera la pluridisciplinarité. Une pédagogie citoyenne responsable, une démocratisation scientifique et une transparence des postures, des protocoles et des méthodes scientifiques en est la clé.

L’ensemble des acteurs, académiciens, institutionnels, universitaires, chercheurs, enseignants, médiateurs, syndicats professionnels, associations mais également journalistes, influenceurs scientifiques, instituts, fondations, industriels, etc., doivent y être associés. Ils sont déterminés à agir ensemble : entendez-les ! 

Pour un véritable humanisme, faisons de la science ensemble ! 

Qu’il s’agisse de la part de notre industrie et de sa contribution au PIB français, de son rôle pour l’économie, de la transformation numérique, de la transition écologique, du rôle des mathématiques, de la santé des populations, de nos relations aux autres et à l’environnement ou encore de l’accompagnement des grandes innovations du futur, la culture scientifique est l’interface pacifique privilégiée. 

Toutes les disciplines, les secteurs d’activité, les scientifiques et leurs méthodes mais aussi l’ensemble des acteurs de la culture scientifique forment des garde-fous essentiels, du développement de l’esprit critique, du savoir, de l’éthique scientifique et de la paix sociale sur lesquels reposent notre humanité et la planète qui l’abrite. Parce qu’il est avant tout et aussi l’égalité devant le progrès, devant la connaissance, l’humanisme scientifique se doit d’être accessible à tous et partout. 

Il est urgent que le politique donne à la culture scientifique les moyens d’irriguer l’ensemble de la société d’un récit scientifique collectif français et même européen. Face à l’ignominie du négationnisme, du populisme, du fascisme et contre la manipulation des faits scientifiques et la montée des extrêmes, incarnons le véritable humanisme et faisons de la science ensemble !


Les signataires de la tribune :  

Katia Andreetti, anthropologue, doctorante en science politique, laboratoire Cersa, Université Paris-II-Panthéon-Assas
Pr Philippe Berta, député (MoDem) du Gard, généticien, président-fondateur de l’Ecole de l’ADN, président du groupe d’études maladies rares, membre de l’OPECST
Dr Philippe Charlier, Laboratoire anthropologie, archéologie, biologie (LAAB), université Paris-Saclay (UVSQ)
Laure Darcos, sénatrice (LR) de l’Essonne, membre de l’OPECST
Pr Jean-François Delfraissy, médecin, immunologue, ancien président du Conseil scientifique Covid-19, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE)
Pr Michel Dubois, sociologue, directeur de recherche CNRS, directeur de recherche au Gemass (CNRS-Sorbonne Université)
Pr Alain Fischer, médecin, immunologie pédiatrique, professeur émérite au Collège de France
Pierre Henriet, député (Renaissance) de Vendée, Président de l’OPECST Etienne Klein, physicien, directeur de recherches au CEA, vulgarisateur
Dr Eric Lagadec, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur, spécialiste des poussières d’étoiles
Pr Jennifer Merchant, membre de l’Institut universitaire de France
Dr Pierre Ouzoulias, sénateur (PCF) des Hauts-de-Seine (Ile-de-France), membre de l’OPECST, archéologue
Jimmy Pahun, député (MoDem) du Morbihan, navigateur
Pr Christine Petit, membre des Académies des sciences française et américaine, professeure au Collège de France
Alain Renaudin, fondateur de Biomim’expo, président de NewCorp Conseil
Francis Rol-Tanguy, président de l’association Les Petits Débrouillards
Pr Marc-André Selosse, professeur du Muséum national d’histoire naturelle (Paris) et président de la Fédération Biogée
Pr Manuel Tunon de Lara, président de France Universités.

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